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Le tricotage, une pratique qui a traversé le temps

L’histoire du tricot reste une énigme pour les archéologues car les fibres naturelles se décomposent rapidement dans le sol. Les chercheurs tentent de dater l’apparition de cet art sans parvenir à un consensus définitif.
Le mot français bonneterie apparaît en 1449 et lie cette technique à la fabrication des bonnets, une spécificité de la langue française.

Avant le tricot que nous pratiquons avec deux aiguilles et un fil continu, d’autres méthodes permettaient de créer des tissus élastiques à partir de boucles de laine ou de coton.

Au programme

  • Découvrir les origines fascinantes du tricot à travers les siècles
  • Comprendre comment le tricot est devenu un véritable phénomène culturel
  • Explorer les bienfaits du tricot sur le stress et le bien-être mental
  • Voir comment le tricot revient en force grâce aux nouvelles générations
  • Plonger dans un loisir créatif entre patience, savoir-faire et passion
Faire du tricot
Faire du tricot

Les ancêtres techniques du tricot

Le nalbinding est souvent confondu avec le tricot par les non-spécialistes. Cette méthode consiste à passer une aiguille à chas dans des boucles successives.
Contrairement au tricot moderne, le nalbinding utilise des longueurs de fil limitées qu’il faut raccorder régulièrement. Les plus vieux fragments de cette technique ont été découverts en Israël et datent de 6000 avant notre ère.

On en trouve des traces en Égypte, dans l’Empire romain et en Europe du Nord. Les Vikings utilisaient beaucoup le nalbinding pour fabriquer des vêtements chauds et solides.

Une autre méthode ancienne est le sprang. Elle se pratique verticalement sur un cadre en bois. Les fils sont tendus entre deux barres parallèles et le travail s’effectue au centre du cadre. En tordant les fils, l’artisan crée deux rangées identiques de chaque côté.
Cette technique produit un tissu très extensible, idéal pour les bonnets ou les sacs. Des preuves archéologiques montrent que les nomades d’Afrique australe utilisaient le sprang quinze siècles avant notre ère.
Le tricot se distingue de ces ancêtres par l’usage de deux aiguilles et d’un fil théoriquement infini.

L’apparition du tricot moderne en Égypte

Les premiers objets réellement tricotés sont des chaussettes coptes trouvées en Égypte. Elles datent du quatrième siècle pour les plus anciennes et du dixième siècle pour les modèles les plus élaborés.
Ces chaussettes présentent une séparation pour le gros orteil, ce qui permettait de les porter avec des sandales. La complexité des motifs bicolores et la finesse des mailles suggèrent que la technique était déjà parfaitement maîtrisée à cette époque.
Les historiens pensent que le tricot est né au Moyen-Orient avant de voyager vers l’Europe.

Les Arabes ont joué un rôle majeur dans cette diffusion. Ils ont introduit le tricot en Espagne lors de leur présence dans la péninsule ibérique au dixième siècle.
À cette époque, les tricots sont principalement en soie. La laine n’est devenue la matière privilégiée que plus tard. Les Normands ont également contribué à propager cet art dans le nord de l’Europe.
Les routes commerciales ont permis aux objets tricotés de devenir des marchandises prisées dès le début du Moyen Âge.

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L’organisation en guildes professionnelles

Au quinzième siècle, le tricot devient une activité artisanale structurée en Europe de l’Ouest. Les premières guildes apparaissent à Tournai en 1429 et à Barcelone en 1496.
À Paris, la guilde de saint Fiacre est officiellement fondée en 1527, mais des documents mentionnent des tricoteurs organisés dès 1268.
Ces corporations protègent le savoir-faire et fixent des règles strictes pour devenir maître. Un apprenti doit travailler plusieurs années avant de réaliser un chef-d’œuvre, souvent un tapis complexe ou une paire de bas de soie fins.

Le tricot est alors une profession masculine. Les rois d’Espagne employaient des tricoteurs musulmans dès le treizième siècle pour fabriquer des articles de luxe.
Les guildes contrôlent la qualité de la production et les prix de vente. À Troyes, qui deviendra plus tard la capitale de la bonneterie française, la guilde est enregistrée en 1505. Ces artisans fabriquent des gants liturgiques pour le clergé, des bonnets et des bas de chausses pour la noblesse.
Le confort du tricot, qui épouse les formes du corps, en fait un vêtement révolutionnaire pour l’époque.

Le travail à domicile et la proto-industrie

Le tricot quitte progressivement le cadre exclusif des guildes pour s’installer dans les campagnes. Les agriculteurs profitent de l’hiver pour tricoter des vêtements destinés à la vente. Cette activité apporte un revenu complémentaire indispensable quand les travaux des champs s’arrêtent.
Des familles entières participent à la production. Les enfants apprennent à tricoter très tôt et sont employés dans de grands ateliers ou à domicile pour produire des volumes importants de bas et de bonnets.

Certains bergers tricotent en gardant leurs troupeaux. Ils utilisent un affiquet, un outil fixé à la ceinture qui soutient une aiguille, pour augmenter leur vitesse.
Le tricot en marchant est une pratique courante dans les régions montagneuses. Cette production rurale concurrence les artisans des villes car elle est moins coûteuse. Le tricot n’est pas encore un loisir, c’est un travail de subsistance pénible et répétitif.
Les peintures de Jean-François Millet montrent souvent des paysannes occupées à tricoter tout en effectuant d’autres tâches.

L’invention de la machine à tricoter

En 1589, William Lee invente la première machine à tricoter en Angleterre. Son appareil, appelé stocking frame, est conçu pour fabriquer des bas sans couture. Lee espère obtenir un brevet de la reine Élisabeth Ière, mais celle-ci refuse car elle craint que la machine ne prive les tricoteurs manuels de leur gagne-pain.
La reine préférait la finesse des bas tricotés à la main à ceux produits par la machine, qu’elle jugeait trop grossiers. Lee s’installe alors en France pour développer son invention, mais il rencontre peu de succès.

Malgré ces débuts difficiles, la machine de Lee pose les bases de l’industrie de la bonneterie. Des améliorations techniques au dix-septième siècle permettent d’augmenter la productivité.
Les machines deviennent capables de produire des mailles plus fines et régulières. Le tricot mécanique commence à remplacer le travail manuel pour les articles de consommation courante.

Cependant, le tricot à la main survit grâce à sa flexibilité et à la possibilité de réaliser des motifs complexes impossibles à reproduire mécaniquement à l’époque.

Les bienfaits psychologiques mesurés par la science

Aujourd’hui, le tricot est perçu comme une activité relaxante. Une étude menée en 2013 par la physiothérapeute Betsan Corkhill auprès de 3545 tricoteurs montre un lien entre la fréquence de la pratique et le sentiment de bien-être.

Les résultats indiquent que les personnes qui tricotent plus de trois fois par semaine se sentent plus calmes et plus heureuses. Le mouvement répétitif des mains induit un état de relaxation proche de la méditation.
Cette activité aide à réduire le stress et à stabiliser l’humeur.

Le tricot stimule également les fonctions cognitives. Les participants à l’étude ont rapporté une meilleure concentration et un sentiment de fierté après avoir terminé un projet. Le fait de créer un objet utile de ses propres mains renforce l’estime de soi.
La science explique ces bienfaits par la libération de dopamine dans le cerveau lors de la réalisation d’une tâche gratifiante. Le tricot est utilisé dans certains programmes thérapeutiques pour aider les patients souffrant d’anxiété ou de douleurs chroniques.

Le renouveau associatif en France

Le tricot connaît un regain d’intérêt en France grâce à des collectifs dynamiques. Le collectif France Tricot a été créé par trois jeunes femmes pour moderniser l’image de cette activité.
Elles organisent des événements urbains et des ateliers pour transmettre ce savoir-faire aux nouvelles générations. Leur approche privilégie la créativité et l’expression personnelle.
Le tricot sort du cadre domestique pour s’afficher dans l’espace public à travers le yarn bombing, une forme d’art urbain qui consiste à recouvrir le mobilier urbain de laine.

D’autres structures mettent l’accent sur la solidarité. L’association Tricot Couture Service et le mouvement du tricot solidaire permettent de fabriquer des vêtements pour les personnes démunies.
Ces groupements créent du lien social et luttent contre l’isolement. Les membres partagent leurs techniques et leurs modèles tout en participant à des projets caritatifs.

Bien que l’achat de laine et d’aiguilles représente un coût, ces associations facilitent l’accès au matériel grâce à des achats groupés ou des dons.

Le tricot est redevenu un moyen de rencontre et d’échange.

Une activité créative et exigeante

Choisir le tricotage permet d’exprimer sa propre vision esthétique. Chaque pièce est unique et reflète les choix de l’artisan en termes de couleurs et de textures. Cette liberté créative compense le temps important nécessaire à la fabrication d’un vêtement.
Un pull peut demander des dizaines d’heures de travail, ce qui valorise l’objet fini dans une société de consommation rapide. Le tricotage impose un rythme lent qui contraste avec l’immédiateté du numérique.

L’apprentissage des différents points demande de la patience. Entre la maille endroit, la maille envers et les jetés, les combinaisons sont infinies.
Les tricoteurs modernes s’échangent des conseils sur des plateformes en ligne, mais le contact direct dans les clubs reste privilégié. Le tricotage est une discipline qui demande de la précision et une attention constante.

Une erreur dans un rang peut obliger à défaire plusieurs heures de travail. Cette rigueur participe au sentiment de satisfaction finale quand l’ouvrage est achevé.

Le budget et l’investissement personnel

Pratiquer le tricot demande de prévoir un budget pour les matières premières. Le prix d’une pelote de laine varie selon sa composition et sa provenance.
Les fibres naturelles comme le mérinos ou l’alpaga sont plus coûteuses que les fibres synthétiques. Les aiguilles constituent un investissement durable. Il en existe en bois, en métal ou en plastique, chacune offrant des sensations différentes.
Certains amateurs préfèrent les aiguilles circulaires qui permettent de tricoter sans couture et de réduire la fatigue des bras.

L’adhésion à une association est une dépense supplémentaire mais elle donne accès à des conseils d’experts. Ces structures demandent souvent un droit d’inscription et une cotisation annuelle.

En échange, les membres bénéficient d’un cadre convivial pour progresser. Le tricotage est une activité qui se partage. Que ce soit pour offrir un cadeau fait main ou pour participer à une œuvre collective, l’investissement en temps et en argent est motivé par le plaisir de faire.
Le tricotage a traversé les siècles en s’adaptant aux besoins de chaque époque.

Ce qu’il faut retenir

  • Des mystérieuses chaussettes coptes aux ateliers de luxe européens, l’histoire fascinante du tricot dévoile un savoir-faire ancestral qui traverse les siècles sans perdre son aura artisanale.
  • Longtemps réservé aux guildes et aux vêtements haut de gamme, le tricot fait aujourd’hui son grand retour entre passion vintage, créations faites main et quête d’authenticité loin de la mode jetable.
  • Le tricot séduit une nouvelle génération en quête de bien-être, de loisirs créatifs relaxants et de pièces uniques capables de rivaliser avec les plus belles créations textiles de luxe.
  • Derrière chaque maille se cache un univers mêlant tradition, artisanat d’exception, créativité textile et tendance slow living, devenu incontournable chez les amateurs de mode intemporelle et d’objets faits main.

À propos de l'auteur

PLCom

PLCom

Enfant des années 80, PLCom a grandi avec le Club Dorothée et les dessins animés japonais. Depuis, il est passé par Danse avec les Loups et X-Files (la preuve qu'on peut évoluer). Entre deux livres, deux voyages et un match de basket, il recense ici tout ce qui mérite qu'on y consacre son temps libre.


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